

le projet
l'architecture de terre au burkina faso
Comme introduit dans l'onglet "L'équipe" de ce site, il est important de savoir que la population burkinabè s'est éloignée de son architecture traditionnelle en terre au profit d'une architecture plus "moderne" faite de béton et de tôle ondulée. En effet, l'architecture de terre a acquis, au fil du temps, une connotation négative dans l'esprit de l'homme. Elle représente la maison du pauvre, l'archaïsme ou encore l'habitat de pénurie. Ce phénomène s’explique en partie par la faiblesse du matériau terre face à la pluie. Afin de résister aux contraintes climatiques du Burkina Faso, l’architecture de terre nécessite un entretien régulier ce qui en fait, aux yeux des locaux, un matériau fragile et peu durable.La croissance démographie et la forte régression du couvert forestier du pays peuvent également expliquer ce mépris pour l’architecture de terre. Les essences de bois de qualité utilisées pour la réalisation des toitures plates en terre ne sont plus disponibles et sont remplacées par du bois moins adapté, peu durable et moins résistant aux attaques des termites. Les toitures traditionnelles deviennent alors de qualité médiocre, voire dangereuses. Une troisième explication serait le manque de connaissance et d’expérience de la part des maçons. Effectivement, dans le secteur informel de la construction, qui représente la majorité du marché, le répertoire de solutions et les compétences réelles du maçon sont essentiellement liés à ses expériences antérieures. La plupart des maçons n’ont jamais eu l’occasion de suivre une réelle formation. Le secteur informel ne suivant aucune règle ou norme, le contrôle de la qualité des matériaux est très important. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas et certains ouvrages réalisés ne peuvent résister aux intempéries.
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Parallèlement à ces préjugés, l’industrialisation a fait progressivement entrer sur le marché des matériaux plus modernes qui, eux, évoquent l’espoir, la richesse et le développement. Si bien que, lorsqu’il le peut, l’homme choisit ce type de matériaux aux apparences et significations modernes. Ainsi, on observe, et ce de manière plus significative en milieu urbain, de nombreuses constructions faites de parpaings de béton et de tôle ondulée. Ces matériaux, en plus d'être importés, ne sont pas du tout adaptés aux conditions sociales, économiques et climatiques du pays. Ainsi, les conséquences de ce phénomènes sont multiples :
Premièrement, l’apparition d’une architecture non adaptée à son contexte géographique et climatique. Effectivement, le climat intérieur des constructions en parpaings et tôles ondulées est très inconfortable. Cela s’explique par la grande conductivité de la tôle ondulée utilisée en toiture qui permet à la chaleur d’entrer très facilement dans le bâtiment et d’y augmenter la température. Les blocs de béton quant à eux ne peuvent assurer une température intérieure confortable tout au long de la journée car l’inertie thermique du matériau est trop faible. Pour obtenir un confort intérieur dans ce type de construction, le recours à un système de climatisation semble être la seule solution, avec un prix d'achat très élevé et une consommation d’énergie également très importante.
Deuxièmement, on observe une perte d’identité culturelle. Les sociétés occidentales, à travers le fait colonial ou l’emprise économique qu’elles ont exercée depuis un siècle sur le Burkina Faso, ont induit des stéréotypes architecturaux devenus de réels modèles de développement pour la société. L’habitat s’est alors peu à peu normalisé et les spécificités des villes et des villages, notamment leur identité culturelle, leurs modes de vies ou encore leurs savoir-faire, se sont estompés.
Une troisième conséquence à cette industrialisation est de nature environnementale. Les installations massives d’usines de production consomment énormément d’énergie en plus d’être de grandes pollueuses. De plus, l’utilisation des matériaux industriels inclut un transport de ceux-ci depuis leur lieu de production vers les chantiers, ce qui augmente radicalement leur énergie grise.
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A l’heure actuelle, il semble essentiel de faire changer les mentalités quant au matériau terre. Il s’agit du principal frein à l’utilisation de celui-ci qui reste pourtant le plus adapté au contexte social, économique et climatique du Burkina Faso : proximité, abondance, facilité de mise en oeuvre, matériau naturel, savoir-faire local, propriétés thermiques et acoustiques, etc. etc.
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LA Démarche



- Espaces aménagés propices au travail
- Installation d'une bibliothèque
- Sensibilisation à l'agro-écologie à travers la mise en place d'un potager
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- Formation des habitants à la construction en briques de terre comprimée
- Utilisation des matériaux locaux plutôt que des matériaux importés
- Travail avec les artisans et la main d'oeuvre locale
- Chantier participatif
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- Inertie thermique assurée par des murs et un plafond en terre crue
- Protection contre le soleil et la pluie par une sur-toiture en tôle ondulée
- Récupération des eaux de pluie pour irriguer le potager
- Ventilation naturelle assurée par des ouvertures N-S en façade et au plafond
- Sur-ventilation nocturne assurée par des "eco-coolers"
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- Utilisation des matériaux locaux
- Recyclage de matériaux (pneus et palettes réutilisés pour du mobilier)
- Utilisation du ciment la plus faible possible
- Installation d'un potager pour sensibiliser les enfants à l'agro-écologie
- Installation de poubelles pour apprendre à respecter la nature


LE CONTEXte

Le Burkina Faso est un pays sahélien situé au coeur de l'Afrique Occidentale, directement au sud du désert du Sahara. Il est limité au nord et à l'ouest par le Mali, au sud par la Côte d'Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin et à l'est par le Niger.
Le Burkina Faso couvre une superficie de 274 200 km². Sa capitale politique et administrative est Ouagadougou, ville la plus importante devant Bobo-Dioulasso, capitale économique du pays.
La population burkinabè est estimée à plus de 19 millions d’habitants. Avec un taux de pauvreté* de 40,1% en 2014, le Burkina Faso est l'un des pays les plus pauvres de la planète.
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* Le taux de pauvreté représente une proportion de la population vivant avec un revenu inférieur au seuil de pauvreté, celui du Burkina Faso étant de 500 FCFA/jour (= 0,76€/j).
Situé à une vingtaine de kilomètres au nord-est de Ouagadougou, le village de Wemtenga appartient à la commune de Loumbila. ​Il compte environ 300 habitants et est traversé par un barrage.
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L'implantation


L'école de Wemtenga s'implante sur le terrain entre les chemins dessinés au sol de manière informelle par les habitants.
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L'école est orientée N-S afin de favoriser une ventilation naturelle du bâtiment et de se protéger des rayons solaires rasants de l'est et de l'ouest.
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La cour de l'école se situe au nord du bâtiment. Des arbres fruitiers y sont plantés pour offrir des espaces ombragés aux occupants. Dans un scénario futur, un bâtiment symétrique à l'école pourrait venir refermer la cour.
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Un potager est aménagé afin de sensibiliser les enfants à l'agro-école et approvisionner la cantine. Ce potager est situé au sud de l'école, de manière à être le plus proche possible, dans la limite du terrain, de la rivière.
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Un bassin de récupération des eaux de pluie est situé entre l'école et le potager et irrigue directement le potager. Il est construit au début du chantier afin de pouvoir stocker l'eau nécessaire à la construction.
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La cantine est située à proximité de l'école mais une certaine distance entre les deux entités est préservée afin d'éviter des gênes dues aux odeurs. Le même système est employé pour les latrines qui sont immergées dans une végétation dense.
LE PROJET

Trois salles de classe d’environ 63 m², un bureau pour les enseignants et un local de stockage composent l’école de Wemtenga. Une sur-toiture en tôle ondulée permet de protéger les murs en briques de terre comprimée (BTC) de la pluie et du soleil mais également de créer des espaces couverts ombragés.
Une coursive sur toute la longueur du bâtiment, côté cour, offre aux occupants un espace de détente protégé. Un jeu de relief sur la façade nord permet de créer une distance entre les classes et la coursive. Ce dispositif offre aux classes des zones de rangement et aux espaces extérieurs des zones d’assise.

A
A'
B
B'
PLAN
Un préau permet un passage direct entre la cour et le potager. Il peut servir d’espace de détente ou encore accueillir l’équivalent d’une salle de classe, raison pour laquelle il est situé à côté du local de stockage.
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Un bassin de récupération des eaux de pluie est situé au sud de l’école. Sur une moitié de l’école, il s’agit d’un bassin enterré peu profond et rempli de graviers qui permet de drainer l’eau sans pour autant la stocker. Cette eau est directement déversée soit vers le potager, soit vers le gros bassin. Cette disposition permet le passage de la cour vers le potager. Le gros bassin est étroit, semi-enterré et également hors sol. Il permet de stocker l’eau le plus longtemps possible avant qu’elle ne s’évapore et irrigue de manière controlée le potager. La terre creusée pour la réalisation de ce bassin sert de remblai, lors de la construction, pour la dalle de l’école.

façade sud

façade NORD
La dalle, surelevée d’environ 40 cm, est accessible par des rampes à ses deux extrémités, ces dernières donnant directement sur les chemins existants sur le terrain. De part et d’autre du bâtiment, un espace couvert est prévu pour le stockage des vélos des occupants. La dalle de sol est également accessible par une marche au niveau du grand espace couvert, permettant de passer directement de la cour au potager.

Coupe AA'

principes bio-climatiques
Protection face au soleil à travers un débord de toiture qui permet de réduire la durée d’ensoleillement de la façade sud.
Au nord, le débord de toiture offre un grand espace ombragé aux occupants.




Protection face au soleil à travers des murs et plafonds en briques de terre crue qui, par leur inertie thermique, permettent en journée de garder frais l’air intérieur.
Protection face à la pluie à travers un débord de toiture et un socle en béton.
Récupération des eaux de pluies avec un bassin au sud du bâtiment.
Ventilation naturelle assurée par l’orientation N-S des ouvertures et les ouvertures en plafond qui permettent à l’air chaud de s’évacuer.
Sur-ventilation nocturne assurée par les eco-coolers au bas des ouvertures au nord

coupe BB'
une classe
1. Fondations en béton
2. Double-murs en BTC
stabilisées au ciment
3. Chaînage et poutres en béton
+ fers à béton
4. Calepinage de BTC
+ cadres en bois
5. Structure métallique
6. Tôle ondulée
Ventilation naturelle contrôlée en journée grâce aux chassis métalliques réglables et durant la nuit grâce aux ouvertures coulissantes des eco-coolers.


L’éco-cooler, inventé par des ingénieurs de l’entreprise Grameen Intel Social Business au Bangladesh, est un climatiseur écologique, efficace et bon marché puisqu’il fonctionne sans électricité. Il est fabriqué avec une simple planche et quelques bouteilles en plastiques qui, par leur forme, diminuent la température de l’air entrant. En plus de rafraichir l’air ambiant d’une pièce, l’éco-cooler encourage le recyclage des bouteilles en plastique.
Les éco-coolers sont placés au bas des ouvertures de la façade nord. Ils sont protégés par des bancs dont la partie basse, coulissante, permet de contrôler l’entrée d’air.
eco-cooler

détail des plafonds
Les plafonds du bâtiment sont réalisés en briques de terre comprimée. Ces briques sont posées sur des fers à béton qui sont intégrés dans les poutres en béton.
Des cadres en bois intégrés dans le calepinage du plafond permettent à l’air chaud des classes de s’évacuer. Ils favorisent donc, au même titre que les éco-coolers, la ventilation naturelle du bâtiment.

vue intérieure